LE THÉÂTRE

UN PEU D’HISTOIRE

Parce qu’il connaissait le lieu mystérieux où étaient inhumés Louis XVI et Marie Antoinette, le comédien Pierre Jacques Seveste permit à Louis XVIII de réaliser son vœu de rassembler dans un monument funéraire les illustres ossements. En récompense il reçut par décret royal du 10 juin 1817 le privilège pour lui et ses fils, toute leur vie durant, de « régner » sur la vie culturelle de la banlieue du Paris d’alors.

Seveste lance la construction de nombreux théâtres, parmi lesquels le Montmartre est le premier à voir le jour. Ce n’était encore qu’une petite salle au coeur du village d’Orsel, à flanc du Mont des Martyrs et dont l’inauguration eut lieu le 23 novembre 1822. La troupe qui s’y produit est essentiellement composée des élèves de Seveste, qu’il exploite allégrement et logiquement qu’il répugne à payer. Le «Théâtre d’élèves» comme on a coutume de l’appeler alors, est entièrement fait en bois, ce qui lui vaut d’être affublé également du surnom de « Galère Seveste ».

Avec la Révolution de 1848, le Montmartre est rebaptisé Théâtre du Peuple. Mais le peuple n’est pas au rendez-vous, et la dégringolade des recettes contraint les fils Seveste de céder le Théâtre un an plus tard à deux comédiens, Libert et Gaspari, qui en assurent la direction couplée à celle du Théâtre des Batignolles.

En 1852, Gaspari part présider aux destinées du Beaumarchais, et laisse Libert seul aux manettes. Lui succède l’année suivante Alexandre-Hippolyte Chotel, comédien lui aussi.

En 1860, la commune de Montmartre, dans laquelle s’était fondu le village d’Orsel, est annexée à Paris. Le Montmartre devient un « théâtre de quartier », dont l’essentiel du répertoire se contente de la reprise des drames et des vaudevilles créés auparavant avec succès dans les grands théâtres des Boulevards. En revanche il devient un vivier pour beaucoup de jeunes comédiens devenus célèbres par la suite. 

 

charles dullin,
le fondateur

En 1905, un jeune comédien inconnu fait ses premiers pas sur la scène du Montmartre. Dix-sept ans plus tard, Charles Dullin marquera à jamais de son empreinte la destinée du Théâtre.

La guerre éclate en 1914. Le Montmartre ferme ses portes, la presse annonce la mort du Théâtre et la naissance du Montmartre-Ciné. Une page de l’histoire du Théâtre se tourne.

Avec foi et détermination, Dullin livre une rude et ambitieuse bataille pour faire de son Théâtre celui de « la poésie et de la réflexion », refusant obstinément de faire du critère mercantile la pierre angulaire de ses choix en matière de programmation. Porté par cet idéal, aux côtés de Louis Jouvet, Gaston Baty et Georges Pitoëff, il fonde en 1927 le Cartel des Quatre qui se donne l’exigeante mission de faire entendre des textes d’abord choisis pour leur qualité littéraire et non pour leur potentiel commercial.

Jean Louis Barrault disait de Dullin : « Ce qui se dégage de Dullin, c’est un mélange de jeunesse, d’enthousiasme, de révolte, de virginité et d’enfance; Plus Dullin avançait dans la connaissance de son art, plus il avait l’art de l’ignorer. Il le découvrait chaque jour et l’on pouvait admirer dans ses yeux pétillant de malice, l’étonnement et l’émerveillement de l’enfance obstinée. »

C’est véritablement en 1922 que commence la grande aventure de ce qui n’est encore qu’une modeste salle de quartier, quand son directeur, Maurice Robert, renonce à toute activité cinématographique.

Bien inspiré il confie la direction artistique du Montmartre Théâtre à Charles Dullin. A trente ans, après une tentative avortée de fonder un théâtre de foire à Neuilly en 1907, un bref séjour au Grand Guignol, un autre un peu plus heureux au Théâtre des Arts, sa carrière connait enfin une embellie significative quand il devient au Vieux Colombier l’un des plus proches collaborateurs de son créateur, Jacques Copeau. Il entre ensuite chez Gémier, enseigne l’art dramatique au Conservatoire Syndical. En juillet 1921, il fonde une Compagnie qu’il baptise l’Atelier. Elle se produit en province, puis à Paris dans une boutique au 7 rue Honoré Chevalier, puis dans une salle désaffectée de la rue des Ursulines. Mais Dullin aspirait à prendre ses quartiers dans un vrai théâtre à la hauteur de ses rêves et de ses ambitions. Dullin donne le nom de sa compagnie au Théâtre Montmartre qui devient le Théâtre de l’Atelier.

DULLIN, pitoeff, baty et jouvet

LES DIRECTEURS

BARSACQ

ANDRÉ BARSACQ :

Dullin prend la direction du Théâtre Sarah Bernhardt et confie l’Atelier en 1940, à son ami et collaborateur, le décorateur André Barsacq. C’est en 1927 que sa popularité explose, à la suite de la création des décors et costumes de Volpone de Jules Romains et Stefan Zweig, mis en scène par Charles Dullin. À la direction du Théâtre, son rêve de mettre en scène peut dès lors se concrétiser. Il met en scène : Le Bal des voleurs et Antigone de Jean Anouilh, L’Oeuf de Félicien Marceau, Château en Suède de Françoise Sagan, L’Idiot de Dostoîevski. Il est par la suite à la réalisation de Le Rideau rouge, tourné au sein même du Théâtre de l’Atelier.

BARSACQ

PIERRE FRANCK :

De 1973 à la fin de l’année 1998, le metteur en scène Pierre Franck succède à André Barsacq, en association avec Michel Fagadau, Jean-Claude Houdinière et  Loïc Volard. Vigilant à maintenir une grande qualité de programmation, il met en scène au Théâtre de l’Atelier notamment Pirandello, Ionesco, Beckett, Bernhard, Strinberg avec régulièrement pour interprètes Michel Bouquet et Laurent Terzieff. Il y met également en scène une magnifique version du Mal court d’Audiberti. Pierre Franck demeura directeur du Théâtre de l’Atelier aux côtés de son épouse, Daniele Franck, jusqu’en 1998. 

BARSACQ

LAURA PELS :

Laura Pels, dont la Fondation a pour but de soutenir le théâtre à New York, devient en 1999 la nouvelle directrice du Théâtre de l’Atelier. Elle s’attache à perpétuer l’image prestigieuse du Théâtre de l’Atelier, impulsant la création de nombreuses oeuvres contemporaines, et ouvrant les portes du Théâtre à de nombreux auteurs et metteurs en scène aux univers différents : Jean-Claude Carrière, Yasmina Reza, Patrick Modiano, Marguerite Duras, Roland Topor, Marie Ndiaye, Bernard-Marie Koltès, Jacques Lassalle, Patrice Chéreau, Sami Frey, Patrice Leconte, Didier Bezace, John Malkowich, Arnaud Meunier…

BARSACQ

DIDIER LONG :

Didier Long devient comédien et crée sa compagnie avant de se consacrer principalement à la mise en scène. Le Roman de Lulu avec Sandrine Kiberlain et Gérard Darmon lui vaut sa première nomination aux Molières, neuf autres suivront pour notamment Mademoiselle Else avec Isabelle Carré, Le Gardien d’Harold Pinter avec Robert Hisch, La vie devant soi et Chère Elena avec Myriam Boyer. Il met aussi en scène notamment Isabelle Adjani dans Marie Stuart, Marie Laforêt dans Master Class, Jacques Weber et Patrick Bruel puis Philippe Torreton dans Le Limier. Il a été directeur du Théâtre de l’Atelier entre 2015 et 2019.

BARSACQ

MARC LESAGE (actuelle direction) :

Comédien et metteur en scène, il est nommé à 24 ans Directeur du Centre Culturel de Courbevoie où il produit plusieurs mises en scène dont Les 10 petits nègres avec la Maison de la Culture de Loire-Atlantique et Le Premier avec le Théâtre La Bruyère. Il a ensuite dirigé plusieurs grands établissements culturels : le Théâtre de Beauvais, l’Avant-Seine/Théâtre de Colombes puis, les Célestins-Théâtre de Lyon (en codirection avec Claudia Stavisky). Antoine Courtois, nouveau propriétaire du Théâtre de l’Atelier, lui confie la Direction Générale du Théâtre en janvier 2019.

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